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Abus et Maltraitance de l'Enfant

Abus et Maltraitance de l'Enfant

Ce blog informe, conseille et oriente les enfants, les parents et les professionnels.

Harcelé à 5 ans,...

Un petit rappel : plus de 30 ans aujourd'hui !

J'avais cinq ans quand je me suis fait inscrit à l'école. Tous mes petits voisins, amis et mes soeurs fréquentaient déjà l'école. Mes journées étaient très longues. Entre six et treize heures, je me retrouvais tout seul.

Le système scolaire n'admettait que des nouveaux élèves âgés de six ans révolus. Il y a trente ans, l'école maternelle n'existait pas dans ma ville. En plus de l'âge, le candidat élève passait un examen d'admission. Ne rigolez pas ! Pour que le directeur accepte ton inscription, tu devrais toucher l'oreille droite avec ta main gauche posée sur ta tête.

Harcelé à 5 ans,...

Malin que j'étais, j'ai tout fait pour réussir l'épreuve. Vous devinez qu'à 4ans et deux mois, je ne pourrais pas tout simplement réussir ! Mais, mon enthousiasme et mes pleures étaient tels, les adultes ont pris la décision de m'augmenter un an. J'ai eu dans l'immédiat 5 ans et deux mois. Ils m'ont laissé suivre les cours comme un "élève libre".

Selon mon comportement et mon adaptation scolaire, je pouvais : reprendre l'année et commencer en "scolarité normale" à la rentrée suivante ou passer dans la classe montante si j'obtenais de bonnes notes.

Ma motivation et la source de ma détermination.

De retour à la maison, j'avais la hâte et l'immense joie de partager la bonne nouvelle. Mais, je dois vous avouer une chose. Je pense, parmi ce qui m'embêtaient de rester à la maison, était la peur d'être assimilé aux fainéants. Les gens de mon quartier Kasenga1, avaient l'habitude de provoquer et embêter les enfants et jeunes qui n'étudient pas en les appelant de "kashindiya tonge" (= quelqu'un qui passe sa journée en train de manger ! c'est-à-dire un fainéants ). Ce n'est pas drôle, car une fois étiqueté de "kashindiya tonge", non seulement tu es assimulé à un bon à rien, mais aussi tu risques d'être écarté ou exclu du jeu.

Harcelé à 5 ans,...

Un élève capable et malin.

Dans mes souvenirs, mes premiers jours ont été une prouesse. Je me suis vite adapté en classe. Mon attitude participative en classe m'a attiré l'attention et l'affection du maître. Ce qui n'a pas plu aux autres élèves. La majorité étaient plus âgés, mais aussi moins intelligents que moi.

Je pouvais décider où m'asseoir en classe sans irriter le maître. Mes camarades me demandaient de réponses quand ils n'arrivaient pas répondre aux questions. Par exemple, le maître nous demandait de dire combien fait 1+1, 2+4,... et en grammaire Swahili (ma langue maternelle), combien fait la lettre b+a = ba, m+a =ma et on pourrait écrire de mots tels : mama = maman, baba = père, etc.

Je me suis attiré la foudre et la colère de camarades de classe. Vous n'allez pas en venir. Je finissais vite mes exercices et présentais mon ardoise. Le maître satisfait par mon travail, me notait et me remettait mon ardoise noire. La grosse bêtise, je revenais et modifiais mes bonnes réponses afin que les tricheurs puissent obtenir de mauvaises notes. Dans leur confiance aveugle, ils copiaient bêtement mes réponses se fiant à la note donnée par le maître. Le contraire les surprenaient lors de leur correction. Etais-je un petit vilain garçon ?

Les élèves sont continuellement confrontés à leur agresseurs!
Les élèves sont continuellement confrontés à leur agresseurs!

Les élèves sont continuellement confrontés à leur agresseurs!

Quelques mois plus tard, débutera mon calvaire.

Dans les semaines ou mois qui ont suivi, j'ai été une cible d'un groupe de gangsters. Ils ont commencé tout doucement à me harceler et raqueter. "Demain tu m'apportes du gâteau, du pain, une part de ta nourriture du soir, ..." Bref, j'étais victime des raquettes. J'avais ma grande-soeur qui a remarqué leur jeu avec un petit retard. Mais que pouvait faire une fillette de 7ans devant une meute de garçons, je vous laisse vous imaginer le rapport de force.

Oui, ils m'ont franchement embêté. Mes doigts ont payé le lourd tribu de mon cerveau. Ils mettaient deux morceaux de bois morts entre mes doigts attachés. Ils pinçaient en disant qu'ils conduisent une moto. Je pense maintenant en écrivant cette histoire, que je ne faisais que payer les zéros que leurs copains ramassaient en classe.

Cette histoire a duré jusqu'au jour où j'ai eu du renfort de mes soeurs. Mes agresseurs avaient eu l'interdiction de m'approcher ou de recommencer sous peine de subir la force de la meute des filles et leurs amis. J'avais des anges gardiens !

Fin de l'histoire et libération.

L'arrivée des vacances scolaires et notre déménagement vers un autre quartier ont confirmé la fin de mes calvaires. Malgré mes vagues souvenirs, j'ai été autorisé de passer en classe supérieure (deuxième année primaire ou CE1). Je n'ai plus revu mes petits camarades de classe, un seul nom est resté gravé dans ma mémoire celui de "MALIPO" (= la rétribution de Dieu). Nous étions très proches. Avec lui, nous faisions trop de choses drôles. Je suppose qu'il était témoin de ces violences. Victime, j'avais du mal à m'en sortir. Il se peut qu'il ait interpellé mes grandes-soeurs ou notre maître.

Par après, je n'étais plus embêté ni inquiété. La rentrée, j'étais dans une nouvelle école. J'étais respecté et aimé par tous mes camarades. Je n'ai plus refait mon "salle comportement". Je continuais à exceller dans mon travail scolaire.

Note :

1Kasenga = un quartier residentiel de la ville d'Uvira, dans la Province du Sud-Kivu, à l'est de la République démocratique du Congo.

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